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Le Sang à la Tête

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Un Jean Gabin sous la direction de Grangier, adapté d'un roman de Simenon par Audiard, quand on tombe dessus, y a de quoi se réjouir, non ?

Avec Jean Gabin, y a les films majeurs, que tout le monde connaît. Et y a une kyrielle d'autres films, moins connus, moins réussis pour certains, et tomber dessus au hasard, c'est toujours sympa. Je pourrais faire la chasse et les rechercher tous d'un coup, mais, eh, où serait le plaisir ?

Ici, Jean Gabin incarne Cardinaud, un mec qui a réussi. Il a commencé à bosser sur les quais et a fini par grimper les échelons. Bosser dans les bureaux, puis monter, encore monter. Au point que la moitié des bateaux du port de La Rochelle lui appartiennent, et il fixe ses prix sur les poissons, à la criée. Il a réussi, Jean Gabin, il a une belle baraque, une femme, un gentil gamin et même une bonne qui régit la maison. Sur le port, on donne du monsieur, mais par derrière, on méprise. Même les parents de Jean Gabin lui disent à mots couverts. Son frère se gêne moins, lui il est resté soudeur, hein, il a sa fierté.

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Seulement, sa femme, à Jean Gabin, elle disparait. Un soir, elle rentre pas. Et Gabin, il fait le tour de la ville pour la retrouver, toujours emmerdé par tout le monde. Les frangins associés qui en foutent pas lourd mais lui font faire tout le boulot, le marin communiste qui a coulé son bateau et dont l'assurance couvre que la moitié, la vieille mère de sa femme à qui il faut lâcher quelques billets parce que le père joue avec la pension... Gabin est inquiet, mais il peut pas trop le laisser transpirer.
Mais faut pas trop le chercher quand même. Un de ses anciens amis, capitaine de cargo lui dévoile ce qui n'est plus vraiment un secret. Sa femme, elle s'est tirée. Ouais elle s'est tirée avec Mimile, un loulou qui est revenu d'Afrique, sans un rond, qui a même été dénoncer le capitaine parce qu'il faisait un peu de contrebande et qu'il a pas voulu partager le magot. Ce type là, cet aventurier, ce jean-foutre, c'est l'ancien petit ami de la femme de Gabin. Ils sont allés se cacher dans un hôtel, et si le capitaine le retrouve...

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Gabin encaisse. On le presse de partout, mais le feu couve en lui. Alors oui, c'est devenu un bourgeois et plus un bagarreur sur les docks, il est de toutes les coteries, le "plus beau coup de chapeau de la ville", et il sait que c'est toujours le bourgeois qui se fait charrier. Mais faut pas pousser. Il hésite pas à traiter son frère de con, qui l'insulte sur comment il tient son foyer, envoyer bouler un de ses associés parce qu'il va aux putes, déchirer la licence d'exploitation de la mère de Mimile qui le traite de cocu partout alors que sa fille est une pute et son fils un trou du cul, il se bastonne même avec son ami capitaine, dans une bagarre homérique, à coups de baffe à la Gabin, il lui saute même dessus la gueule, la lui enfonce dans le sable, les pantalons se retroussent, on aperçoit les chaussettes, deux types de cent kilos qui s'empoignent, on a pas vu pareil depuis Hercule.
Gabin ira même jusqu'à rembarrer sa femme de maison (cette salope) qui tente de profiter de la situation pour son avantage, à faire péter le décolleté, etc.
Y a qu'à sa femme qu'il pardonne. Parce qu'il l'aime. Et il a compris qu'une femme, ça a besoin de protéger. Mimile, ce loser, il a besoin d'être protégé, mais pas Gabin. Gabin, ça fait trente ans qu'il trime pour en arriver là. Et lui, il sait qu'une femme, elle a besoin de sécurité. Et plus que tout, elle pense au frigidaire, à l'armoire à linge. Gabin, il lui en a payé une, d'armoire à linge. Avec des belles planches en chêne. Du costaud. Du qui tient quand on a un foyer. Alors ouais la tringlette, le petit frisson, c'est bien, mais ça fait pas tout.

Quoiqu'il en soit, Gabin retrouve sa femme. Il parait borné, comme ça, mais il sait qu'il a failli perdre l'essentiel. Alors oui, il va changer (un peu). Sa femme il la reconquiert. Parce que c'est Jean Gabin, après tout.

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Ahhhhh le beau film que voilà. Simenon ne semble pas l'avoir beaucoup apprécié, ne pas y avoir retrouvé ses petits. Peut-être, j'essaierai de trouver son roman Le Fils Cardinaud et comparer. On retrouve tout de même un environnement où la réussite sociale est détestée, où le gain implique une perte, que l'argent n'est pas franchement un cadeau. Il reste tout de même un cadeau pour ceux qui le perçoivent, et les tapeurs, y en a partout. Sans considération pour le bienfaiteur, qui lui, ne porte pas de jugement. Il sait qu'il doit passer pour un con pour continuer de vivre sans péter les plombs.
Et Gabin est parfait, comme toujours. Taiseux au départ, mais quand on le chauffe, il déballe. Il dit ses quatre vérités à tout le monde. C'est là que les textes d'Audiard rentrent en scène.
Comme tout bon Gabin de l'époque, on retrouve pas mal de têtes connues, de copains. Les inévitables Paul Frankeur et Jacques Marin, et on reconnaît aussi l'assureur d'Archimède le Clochard, et dans un autre rôle dans le Gentleman d'Epsom.
On a droit aussi à de la louloute, qui hésite pas à jouer de ses charmes vulgaires pour déstabiliser le Gabin, mais, eh, il lui en faut plus. On est en 1956, et ça se sent. Les toiles cirées, le vermouth au bar qui fait orchestre pour toute la famille, le Mickey au cinéma, les enfants polis, les bises qui claquent chez les parents, les gens qui bossent sans se plaindre, la clope au bec et la casquette sur la tête... tout ce qui fait vomir les progressistes actuels en gros.

Ce qui ne change pas, c'est l'état d'esprit de ceux qui crachent sur les autres parce qu'ils réussissent, pire que tout, honnêtement. Le film reste actuel sur ce point.

En bonus, j'ai trouvé sur le net un scan de l'annonce de la diffusion du film sur Télé 7 Jours. Chapeau à php88.free.fr d'avoir gardé tous ces magazines et nous les faire partager.

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L'article doit dater des années 70. C'est amusant de voir le peu d'évolution jusqu'aux années 80, quand je découpais justement les articles dans Télé 7 Jours, pour d'autres films. Mais on y retrouve le "déjà diffusé en..." (alors que maintenant sur la TNT, la dernière diffusion date de la semaine passée, voire de la veille pour les séries, le tout dans un ordre chronologique défiant tout sens logique), le "si vous avez manqué le début" avec les pictos, la "note critique" et l'avis. Enfin, les avis. Celui de Télé 7 jours, et celui de l'Office catholique !!!! Oui, il y avait bien deux avis à l'époque. Et l'office catholique... ils avaient un emploi à temps plein pour donner un avis ??? (pas sûr que les films aient été visionnées réellement !). Cette catégorisation... Pour tous, pour adultes et adolescents, et le "pour adultes", qui résonnait avec un "va te coucher"... Mais bon, le soir, les films "pour adultes" étaient diffusés plus tard en général. Ah, ce bon vieux "carré blanc" qui a vu d'autres formes géométriques suivre pour ne plus garder que le "X" qui a perdu tout son charme...
Il manque une info sur ce scan, qui est l'heure de diffusion. Si tenté que le film ait été diffusé en première partie de soirée (mais comme il s'agit d'un "cycle", c'était peut-être bien plus tard), l'heure aurait dû être : 20h30. Et plus 21h comme maintenant. Je peux me tromper, mais il me semble que l'horaire de 20h45 ou 21h ait été le fait de la guerre du Golfe, quand les JT duraient plus longtemps que d'habitude. Saloperie de guerre...

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