20.02.2012

Raspoutine

Après avoir incarné le Comte de Montecristo et Obélix, Gérard Depardieu incarne Raspoutine. Rien de moins.

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Le vrai Raspoutine

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Raspouti-Gégé

Bon, sur le papier, ça fait peur. Raspoutine, le regard halluciné et noir, les yeux emplis de démence ou de révélation, c'est selon, et Gérard Depardieu, bien en chair, la mine de l'ouvrier germinalesque qui va picoler au balto dès que la cloche a sonné... Gros enjeu, là.
Et bien, il s'en tire pas si mal, le Gégé. Une barbe, des cheveux filasses, et l'oeil inquisiteur, il fait un poil illusion. Toutefois, c'est dans les scènes orgiaques qu'il est le meilleur. Le pif dans la picole quand il ne traine pas dans le barbu des filles légères, quand Gégé s'allume, il s'approche de Raspoutine. Mais... avec un côté un peu trop celte, différent de la démesure slave. Nitchevo.
Et puis si Raspoutine fiche les chocottes juste à regarder les photos, Depardieu fait bon gros nounours à câliner les petits enfants.
Ceci dit, c'est un parti pris de José Dayan, qui comme à son habitude brosse des portraits historiques. La part occulte et mystique très prégnante de Raspoutine, ici, elle est bien atténuée. Hop hop hop, deux trois impositions des mains, et les v'là guéris, merci le père Dedieu, le r'bouteux de la forêt des Moidons, continuez le long de la D469 et tournez à l'emplacement de la pierre qui a la forme d'une grosse miche de pain. La prophécie lancée à la mère Romanov résonne à la fin du téléfilm, comme celle de Jacques de Molay (déjà joué par Depardieu, tiens tiens...), sans qu'on sache bien à quel moment il a lancé cette phrase, et devant qui... Le spectateur profane ne fera pas forcément la corrélation entre l'introduction et l'exécution des Romanov, et cette toute dernière tirade pré-générique ! D'ailleurs, la mère Romanov (Fanny Ardant pas très crédible) ne dessine pas de svastikas sur les murs de sa chambre... Les seuls voyages de Raspoutine, ils se situent entre la Sibérie et St Petersbourg. Raspoutine n'apparait guère que comme un moujik un peu couillon, qui finit par aimer le luxe. Seule sa mort est à peu près respectée, et encore. Ils ont oublié de le rouler dans les rideaux avant de le balancer à la flotte !! Au moins, immergé dans les eaux glacées de la Neva, on le voit ouvrir les yeux. L'honneur est sauf.

Dayan n'est pas très forte dès qu'on sort de la discussion de salon bien cadrée, bien filmée. "Belles images, belle musique..." comme disaient les Inconnus. Les rares scènes - très rapidement expédiées - de combat, car en 1915 c'est la guerre, faut pas l'oublier, sont nulles. Filmer quatres clampins dans une tranchée, des explosions, bordel, depuis les Sentiers de la gloire, y a eu assez de matière à s'inspirer... d'autant plus que la mère Dayan/Dahan, elle a dû refourguer ça à la seconde équipe, très probablement une équipe russe, car hormis Gégé et Fanny, y a que des Russes au générique, le tournage ayant eu lieu là bas. Les Russes savent quand même y faire niveau cinéma, là ils ont fait le minimum syndical (syndical, communiste, russe, ah ah humour). Et qui dit casting russe, dit doublage. Tout le téléfilm est en postproduction, et Depardieu s'en tire très bien, mais c'est pas forcément le cas pour les autres. Je sais pas si José Dayan a aussi géré la direction d'acteurs, j'ai pas l'impression qu'elle parle russe couramment...

Bref, c'est pas une grosse réussite (téléfilm en France, mais diffusion cinéma en Russie ! Et la mise à disposition de décors impériaux pour les besoins du tournage par Poutine sur demande de Depardieu !), le mysticisme du personnage laissant largement sa place au contexte historico-politique d'alors. Mais bon, Depardieu en Raspoutine, fallait le voir quand même !

 

13.02.2012

How to become a successful loser - Kevin K

Il y a de cela deux ans, j'étais allé à un petit concert... petit c'était bien le terme ! Un bistrot, un coin de chaise, trois en fait, et trois ziquos en gratte acoustique. Une combinaison franco-américaine, puisque le concert était organisé par l'infatigable Nasty Samy (je vous conseille son site www.likesunday.com, une des raisons pour lesquelles je me suis décidé à faire un blog, d'ailleurs), qui soutenait l'américain Kevin K, sorte de crevette punk rock échappée de 1977, touffe sur la tête, lunettes fumées rondes, bras rachitiques couverts de tatouages, accompagné d'un zicos d'un autre de ses groupes, croisement improbable entre Blackie Lawless, Joey Ramone et Chewbacca. Un punk glam d'1m90 qui a un peu forcé sur la bouffe...
J'étais donc venu en découverte totale, sans savoir trop à quoi m'attendre, mais en même temps, je savais que je ne serai pas déçu. Effectivement, pas déçu, puisque le show accoustique passa comme une lettre à la poste, tranquillement posé sur mon tabouret, à siroter des bières au coin du bar. Du punk rock acoustique, évidemment moins speed que sur album, sans batterie et distro, mais bien sympatoche, grâce aux refrains assez accrocheurs, et un frontman tranquille dans ses Converse (ou des santiagos ? je ne me souviens plus), allant même à reprendre du classique ricain comme "these boots" de Megadeth, euh, de Nancy Sinatra.
how to become.JPGEt à l'occasion de ce concert, le susnommé Nasty Samy proposait à la vente l'autobio de Kevin K, traduite en français (dont une partie est due au guitariste/vendeur de merch/etc etc). Le tout accompagné d'un CD compil retraçant plus de 20 ans de la carrière de Kevin K. Saluant l'initiative, le livre étant limite auto-édité, d'une qualité plus que respectable, au prix lui aussi très raisonnable (en gros, on est sur du Camion Blanc niveau qualité, mais un prix laaaaargement en dessous), j'extrayai alors péniblement mes précieux deniers des oursins cachés dans mes poches pour me l'offrir.
A la lecture du livre, si on n'est pas trop versé dans l'histoire du punk rock de Steve Bators, Johnny Thunders et autres Ramones, on peut ne pas saisir tout le sel de certaines situations, ou de l'importance du gars dans la scène new yorkaise. Mais pour autant, on ne s'emmerde pas une seconde. Attention, on n'atteint pas les sommets des histoires rocambolesco-exagérées de Motley Crue, mais on peut se régaler de trente ans de témoignages d'un mec qui a dévoué sa vie à la musique. Il n'a pas vécu dans l'opulence de la rock star en pleine descente sur un transat devant la piscine de sa villa sur Malibu Beach, mais un mec qui a partagé son appart avec ses congénères, un mec qui a bossé dans un magasin de disques (et qui y a vu passé du beau monde...).
Bref, un livre rock n'roll, avec ses excès, mais honnête, et très plaisant à lire !! Un peu à l'image du concert d'ailleurs, avec un mec rôdé aux concerts, qui a de la bouteille, les pieds sur terre, posé, et qui nous offre sa vision de la vie, du rock... Kevin K, un de ces musiciens présents depuis 30 ans, qui s'arrête pas, et ne s'arrêtera jamais. L'essence du rock, quoi.

 

 

19.01.2012

Hell's Angel - Ralph "Sonny" Barger

En lisant Hell's Angels d'Hunter S. Thompson, qui se terminait sur son crâne fracassé, laissé pour mort par quelques motards plutôt belliqueux, on était en droit de se demander si les Hell's étaient une bande de jeunes qui se fendaient la gueule, ou des mecs beaucoup moins sympas et largement moins fréquentables...
Du coup, plus de 30 ans après ce livre, Sonny Barger, le fondateur des Hell's, réplique. Bon, il ne contre-attaque pas suite au livre, 30 ans après, faut pas déconner, à moins d'écrire un bout de livre à chaque fois qu'il est à un feu rouge, sur un carnet, quelques notes, hop le feu est vert, on repart. Enfin je dis ça, mais qui sait s'il s'arrête aux feux rouges ? C'est un Hell's après tout.
Les Hell's Angels, ce sont les 1%. Le président du syndicat des motards ricains déclarait que 99% des motards étaient des mecs à la coule, du coup les Hell's ont dit "nous, on est les 1% qui reste. FTW" (Fuck the World, une belle philosophie de la vie).
Sonny Barger retrace sa vie, qui a mené à la création du MC, et sa vie de président. Là où le bouquin de Thompson portait un regard journalistique un peu décalé, et parfois assez peu amène (il prenait clairement les Hell's pour des lourdauds un peu cons), Barger rétablit sa vérité et brosse le portrait du club d'une manière... allez, on lui donnerait le bon Dieu sans confession, à cet homme là. Un fan de motos ! que voulez-vous qu'on dise. Bon, ses copains sont un peu bourrins, ils aiment la bière, les gonzesses, fumer du hakik et rouler à moto, voilà tout, ce ne sont pas des agents d'assurance, on a le droit d'être différent, hein.
Evidemment, la mauvaise foi du président occulte quelques aspects peu reluisants, et qui pourraient lui rapporter quelques années de prison supplémentaires, mais sur tout ce qui a été payé contre procès sonnants et trébuchants, il se gêne pas, eh eh. Le livre se lit quasiment d'une traite tellement c'est passionnant.
Forcément, une histoire comme ça ne peut être qu'américaine. Des origines, les soldats de la WWII qui n'ont pas su revenir à une vie normale, la mécanisation, les grands espaces où rouler, le vent dans ses cheveux, un faucon à son poing... sans oublier le lieu de naissance du club, la Californie, Oakland, à côté de San Francisco qui a vu naître beaucoup de courants, et inévitablement, le dépôt d'une marque, et la multiplication des clubs. Avec même la concurrence, en l'occurence les Bandidos pour les plus connus, d'autres clubs ayant été absorbés...
Il n'empêche que Sonny Barger est un franc barré, un cinglé qui a su tenir le choc, survivre à ses amis et ennemis, et continue à narguer le monde... si on avait pu le voir jouer son propre rôle dans Hell's Angels 1969 (aux côtés de son pote Terry the Tramp, sublime dans un vol planné non simulé...), on peut le retrouver, limite méconnaissable, en biker taulard dans la série Sons of Anarchy. Son petit rôle ne manque pas de sel !

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Maintenant, l'aspect négatif du bouquin... J'ai lu la version traduite, chez Flammarion, et pfffff... on sent vraiment les traductions littérales par moments, et c'est pas glorieux. Sans compter une coquille à la relecture, une apostrophe qui se transforme en "aecute" bidule, enfin une transcription en UTF machin, m'enfin merde quoi, ils ont pas de budget relecture ou quoi dans ces grosses boites d'édition ? Déjà qu'on a des traducteurs pas toujours concernés (on parachute des grouillots traducteurs parce qu'ils ont une licence d'anglais), qui savent pas traduire des expressions d'argot, ou quand ça devient un peu spécialisé (les traductions pour les styles de musique, attention les yeux), ou même très simple (ou comment dans The Dirt, la bio de Motley Crue, un calebut dit "boxer" devient "short de boxeur", et ouais, le calebut moulax ça s'appelle "boxer short" en anglais, mais un short de boxeur, on met pas ça sous sa paire de jeans, hein, ou alors on aime ressembler à un sac à patate... Et Vince Neil, puisque c'était le mec concerné, il aime pas ressembler à un clown. Et donc, palsembleu, faut déjà se fader ces approximations, et maintenant les problèmes de caractères dûs au passage de Mac à PC ? Franchement...

01.12.2011

The Last Living Slut - Roxana Shirazi

Pendant qu'en France on se pignole à décrire la musique, les profils des publics, leur rapport à la musique, bref toute une merde qui n'a rien à voir avec le rock n'roll, les Anglo-Saxons, qui ont créé le Rock n'Roll, ils se posent pas ces questions. Roxana Shirazi, elle, la sociologie, elle s'en tape. C'est une groupie. Et elle l'assume. Iranienne émigrée en Angleterre, à l'âge de la puberté, après les ayatollas, elle découvre Axl Rose. Et l'orgasme en même temps. Son rêve est de se taper son idole. Et tous ses succédanés. Une fois émancipée, la jolie Perse va faire son trou (perse, trou, groupie, vous comprenez ?) dans les concerts Rock n'Roll et se faire la main (se faire la main ! pas besoin de faire un dessin !) sur les groupes amateurs, pour finir par quasiment atteindre son nirvana, et se taper Matt Sorum et ensuite Dizzy Reed. Une fieffée ordure, celui là...
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Evidemment, la vie d'une groupie peut énerver les gens, surtout ceux qui ne s'en tapent pas. Roxana se justifie en partie de son goût pour le sexe et le rock n'roll, de ce côté pouffiasse aguicheuse, pour qui les vibrations du Rock éveillent des besoins irrépressibles... une enfance un peu à la dure en Iran, une adolescence dans un monde à l'opposé de ses origines, un rêve éveillé, jouir de la vie. Et de la bonne partouze, de la pipe aux roadies pour entrer en backstage, si vous ne saviez pas ce que fait une groupie, là c'est dit. En long en large en travers, en levrette, en missionnaire, et pendant 5 heures (Matt Sorum, depuis qu'il a arrêté les excès et s'est mis au jogging, il assure !). Le drame de sa vie de groupie, tomber enceinte d'une star du rock, qui n'en a rien à foutre et l'enjoint durement à se faire avorter, pour la dégager ensuite...
Entre l'anecdote people et cul, le journal intime et le travail de journaliste (son métier il semblerait), voilà un bouquin qui respire la culotte et le rock n'roll à plein nez ! Et y a même un cahier photo issu des archives de Roxana, pour prouver que c'est pas du pipeau (du pipeau !! hein ! hein !).
Pas encore édité en France, je me suis procuré l'édition US, et comme souvent, cette édition a une mise en page des plus soignées, on est loin du texte au kilomètre de certains éditeurs français. Tsk tsk.