01.04.2012
Lune sanglante - James Ellroy
Oui je suis assez fan de James Ellroy. Quand je tombe sur un de ses bouquins, je le prends et je le lis. Bon, je ne cherche pas absolument à tout avoir, mais quand je tombe dessus... je prends.
Et là j'ai lu Lune Sanglante. A peu près un an après avoir chopé le livre, j'avoue... Pourquoi ? la couv, avec la gueule de James Woods. Le film avait été adapté au cinoche, et y a quoi, deux trois ans, j'avais enregistré le film quand il était passé à la télé (avec un magnétoscope, ouais, le vieux réflexe, mais vu comment tout a changé, juste dire "enregistrer sur un magnétoscope", on a l'impression qu'un monde est passé par là).
Donc ouais j'avais enregistré le film, mais bon... je m'étais vite arrêté. J'adore LA Confidential, autant le film que le bouquin, et le Dahlia Noir, que j'ai suivi à moitié pour cause zapping effrené, ben c'était autre chose. Du coup... je n'avais regardé que 15 minutes à tout péter de Lune Sanglante.
La raison pour laquelle j'ai mis de côté ce même bouquin, au profit d'autres.
Faut reconnaître que je n'aurais pas dû me laisser influencer comme ça. Lune Sanglante fait partie de la trilogie Lloyd Hopkins, et il est meilleur que la Colline aux Suicidés. On retrouve tout ce qu'on aime dans cet Ellroy, du meurtre bien crade, des couches sociales basses et crapuleuses, mélange de Noirs, Mexicains, paumés, drogués, pédés, prostituées... des flics bien racistes et expéditifs, et un serial killer tordu comme une barre de fer dans une fête foraine. Relativement classique toutefois, je ferai moins long sur ce bouquin que pour un Tueur sur la Route.
La raison qui me pousse à faire une note, c'est plutôt le film. Car oui, après avoir dévoré le bouquin, je me suis refait le film. Et là, c'est pas la même satisfaction. Le film date de 1988, et le traitement n'est pas du tout le même que pour LA Confidential ou le Dahlia Noir. Non, c'est plus un téléfilm qu'on a là, et pour tout dire... un immense gâchis, vu le matériau de base. Alors y a James Woods, qu'il faut sauver, car il incarne très bien ce flic acharné à la recherche du tueur, mais si dans le bouquin Lloyd Hopkins est un flic qui veut trouver ce salaud et rétablir la justice, même s'il faut en finir et le buter car il n'est plus de châtiment possible autre que celui qu'il assènera, dans le film, il devient un vigilante qui bute à tout va, et sans gros problème de hiérarchie... Le tueur lui-même, un cinglé poète homosexuel psychotique, ne prend qu'une petite place, et n'est dévoilé que durant les dix dernières minutes, sinistre maniaque qui défouraille avec son UZI en invectivant le flic. Autre temps, autres moeurs ? Ouais, à l'époque, on avait pas encore eu le Silence des Agneaux, et la psychologie des assassins, des tueurs qui deviennent les héros du film, côte à côte avec le good guy comme des Janus aux deux visages... On était encore dans une période sevrée aux héros avec un gros flingue, qui a toujours raison, et le méchant qui ne sert au final que de faire-valoir à vider quelques chargeurs et faire péter quelques bidons d'essences... Malheureusement, du James Ellroy, c'est pas un matériau adéquat pour pondre un Piège de Cristal ou une Arme Fatale...
Pour des raisons évidentes, le scénario écrème beaucoup du livre, des passages sont raccourcis, ou abandonnés, plutôt avec succès, mais tout le sel du bouquin, le film passe à côté. Toute la progression qui va aider à découvrir le tueur, et son mobile, le film l'expédie et le rend assez incongru... Pourtant, Ellroy ne prend pas ses lecteurs pour des cons. Il y va à petites doses, il amène le suspens, il nous laisse comprendre avant de dévoiler le pot aux roses...
Dommage donc pour ce film.
Mais tout ceci me rappelle La Fraternité de la Rose, de David Morrell, déjà chroniqué dans nos pages. Un matériau excellent, trahi dans sa version cinématographique. Des livres qui n'ont presque pas vieilli (le seul élément qui a révolutionné les comportements, entre les années 80 et aujourd'hui, c'est le téléphone portable. Les informations passent plus vite pour les flics, et encore, quelques pirouettes peuvent rendre les héros dépourvus de cet outil), mais leur version film, énormément. Lire Lune Sanglante en 2012, ça se tient, mais les images qu'on a dans la tête, elles ne correspondent à un film de 1988. Parce que le cinéma a changé, et qu'on n'imagine plus un film comme on l'imaginait y a 25 ans ? Ou parce que ce film était raté à la base et même moi j'aurais pu faire mieux ?
19:52 Publié dans Film, Livre, policier, serial killer, thriller | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
04.12.2011
Harry Dickson - Jean Ray
Où finit l'admiration ? Où commence la contrefaçon ? Car oui, Harry Dickson, le Sherlock Holmes américain, y a guère que le mot "américain" qui est de trop là dedans. Non seulement il est surnommé Sherlock Holmes, mais en sus il crèche rue Baker Street, et il donne des coups de main à Scotland Yard ! Bon, il se traine pas un docteur comme boulet, mais un élève, Tom Wills, qui est un poil plus dégourdi que son alter ego original... Alors oui, Jean Ray repompe sans vergogne l'univers de Sherlock Holmes avec son Harry Dickson sur une centaine de nouvelles, mais il le fait de la meilleure manière qui fusse : en pulp !!! Dans l'édition Librio de cette chronique, deux histoires, 60 pages chacune, une intrigue un peu tirée par les cheveux, un dénouement à la fin de la nouvelle... le serial parfait. Que pouvait-on attendre de Jean Ray, le Lovecraft belge comme quelqu'un l'a appelé, le 17 juin 1960 (je me souviens pas de qui ou d'où, mais j'ai la date), l'auteur de Malpertuis ? Ben du steampunk, et de l'occultisme. Steampunk au travers de la première nouvelle, Les étoiles de la Mort, on est au temps du Progrès galopant, où quasi tout est possible... la deuxième nouvelle, le Studio rouge, verse dans l'occultisme. Celui de la fin XIXème, quand les bourgeois, aristocrates et anciens soldats coloniaux découvrent la pensée orientale... Les allusions sont très orientées, mais on imagine bien Victoria et la mère Blavatsky venir faire un petit coucou dans cette nouvelle...
Des nouvelles qui se dévorent de plaisir, pour tout fan de Sherlock Holmes, de pulp, d'occulte... Des Harry Dickson, y en a plein (une centaine, disais-je, si vous ne suivez pas), compilées dans quelques Néo, et Marabout géant, on espère voir une anthologie complète, histoire de pas se ruiner...
A propos de Jean Ray, le personnage vaut son pesant de cacahuètes... Ecrivain insatiable, journaliste, auteur à plusieurs casquettes, mais également contrebandier d'alcool !!! Le gazier a eu une vie remplie... Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus, un site internet assez complet : http://www.noosfere.com/heberg/jeanray/
Post Scriptum, quelques temps après cette note... follement emballé par la lecture de ce Dickson, je n'ai pas assez bossé le propos, et si le texte présent est signé Jean Ray, il faut bien signaler que ce n'est pas le créateur du détective américain. La série a démarré sans lui, et même continué sans lui !
23:09 Publié dans Livre, policier | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note


