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La Crypte du Chat Roux - Page 5

  • Sept cavaliers - Jean Raspail

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    "Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardée". C'est ainsi que commence et termine ce livre de Jean Raspail. Dans un royaume imaginaire, à une époque mal définie, sept soldats quittent une ville à moitié abandonnée et chevauchent, presque sans but. Sans espoir.

    L'espoir, c'est le maître mot du livre. La Ville, capitale du margrave, n'est plus qu'une illusion fantoche, dans une réalité violente, où l'ordre n'existe plus que dans les derniers quartiers du patriarche. Ce dernier charge un lieutenant colonel d'aller voir ce qui se passe aux confins du royaume. Car ici, c'est la fin. La décadence, la dégénérescence complète. L'ordre a cessé. Plus rien n'est assuré. Les gens sont partis. Les jeunes sont sous l'influence de drogues.
    Le lieutenant colonel, Silve de Pikkendorff mobilise six hommes et ils quittent la Ville à cheval, pour chercher l'espoir, dans un monde de désespoir. Confrontée à la violence des pillards, les peuples séditieux, les ruines des villes jadis florissantes, la troupe va s'égrener lentement dans un voyage où personne ne compte les jours de la même manière, mais qui semble durer une éternité. A la dernière station de ce purgatoire, cette éternité devient réalité, une réalité de désespoir pour ceux qui la rencontrent.
    Entre temps, ceux qui espèrent ont quitté la troupe, laissant les autres dans leur voyage éternel.

    Voilà un livre qui semble désabusé, surtout dans sa toute fin. La margravie est un royaume inventé, qu'on placerait à l'Est de l'Europe, le nom de "margrave" venant du germain "mark graff", le comté de la frontière, de la marche. Marche de l'Europe germanique, qu'on imagine celle de l'Empire austro-hongrois, et les aventures de ces soldats pourraient débuter... en Ukraine actuelle, porte vers les tribus tchétchènes anciennement pacifiées et intégrées, porte vers les déserts du sud, porte vers les forêts du Nord.
    Quant à l'époque, les cavaliers aux beaux uniformes nous rappellent les uniformes du XIXème siècle, héritages napoléoniens, mais les chemins de fer existent, et les premières mitrailleuses également. On pourrait alors estimer à 1850 cette période du roman.

    Jean Raspail évoque un Empire au passé flamboyant mais tombé en pleine décadence, en pleine dégénérescence où l'Ordre n'existe plus pour la population, livrée à ses bas instincts. Un Empire qui s'écroule, dévasté par une guerre interne, mais à ses confins, la vie continue, et un nouvel ordre nait, les anciens royaumes reprennent vie.
    L'espoir, c'est là où l'Empire s'est écroulé, la jeunesse ne va pas reconstruire les reliefs du passé, mais va simplement construire quelque chose de nouveau.
    Les soldats, de tous âges, du cadet de 16 ans au vétéran qui a combattu il y a trente ans auprès du soldat poète devenu référence pour tout le monde, constatent la destruction et la désolation. Les plus anciens chercheront les fantômes, les plus jeunes deviendront les nouveaux seigneurs.

  • The Salvation

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    Le cinéma scandinave change de période, oublie les Vikings et s'attaque aux cow-boys... Plutôt exotique ! Un western danois... L'histoire de deux frères danois. Dans un western américain, deux frères danois, ce seraient deux personnages de second ordre, comme deux crétins alcooliques du côté des bad guys, ou deux vieux chercheurs d'or à moitié fous... au mieux un maréchal ferrand qui ne parle pas beaucoup. Mais là les Danois sont aux commandes du film, et leurs héros sont danois. Normal.

    En 1871, 7 ans après avoir quitté le Danemark, deux frères, anciens soldats, accueillent la femme et le fils de Jon à la gare d'une petite ville de l'Ouest en plein développement. Dans la diligence qui les emmène vers le trou déserté qui sert à Jon et à son frère de résidence, des mecs louches embarquent et un drame effroyable survient. Jon est éjecté par les bandits et retrouve dans les traces de la diligence son fils mort, et sa femme, violée et achevée. L'ancien soldat se venge promptement et part enterrer ses morts.

    Maldonne, l'un des deux salopards est le frère du caïd local et il allait le rejoindre à sa sortie de prison. Un caïd, ancien soldat lui aussi, rendu dément par le massacre des Indiens qu'il a perpétré, et il n'hésite pas à répandre le sang en représailles. Jon se fait capturer, vendu par les habitants de la ville. Son frère le sauvera, mais n'en réchappera pas. Jon fera le ménage, dans un monde sauvage et dégueulasse, sous fond d'expropriations et de corruption, pour laisser place à des champs de pétrole.

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    The Salvation me fait penser à cet autre film scandinave : Dagmar l'âme des Vikings. Un film court (1h28 générique compris), peu de fioritures, et une action brutale qui entraine une vengeance. Un Rape & Revenge scandinave, en gros. Mais il me fait également, et surtout penser à un western de Clint Eastwood des années 70. genre l'Homme des hautes Plaines ou Josey Wales. Un Ouest américain sauvage, dépouillé, où la civilisation a du mal à s'imposer, et la brutalité incontrôlable de riches bandits, servis par les autorités locales.

    Somme toute, un scénario pas très original. Mais un film fort bien exécuté. Avec une sécheresse et une froideur dans le traitement. Les gens meurent, sans fioritures. On les venge. On passe à autre chose. Il n'y a pas d'éclats d'émotions.

    Hormis cette efficacité filmique, qu'est-ce qui fait de The Salvation un bon film ? Ses acteurs. Jon est joué par le Danois le plus international du moment : Mads Mikkelsen, à qui on oppose un Jeffrey Dean Morgan (vu dans Watchmen et Red Dawn) très proche d'un Powers Boothe des années 70. Et dans les seconds rôles, et c'est là qu'on voit que c'est un film danois car ils sont largement plus ouverts que les Américains : Eric Cantona !!!!! Yeah !!!! En méchant, corse et teigneux ! Et puis, la meilleure actrice actuelle : Eva Green ! Encore une fois dans un rôle ultra torturé, une pute balafrée et muette, la langue coupée par des Indiens qui l'ont enlevée quand elle était enfant.

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    Un casting réduit, mais sympa, et relevé également par Jonathan Pryce, nom qui ne vous dit peut-être rien, mais une tête bien connue de rôle de salope des films ricains de ces vingt dernières années. Et un autre Danois, Mikael Persbrandt, qu'on retrouve sous les traits de Beorn dans la Désolation de Smaug.
    Pas de surprise donc avec ce casting, chaque acteur est fidèle aux rôles qu'il s'est forgés auparavant.

    Je reviens quand même sur Eva Green, ah !!! Magnifique enfant. Cette actrice est vraiment l'actrice du moment, qu'on retrouve toujours dans des rôles dont on se souvient. A croire qu'elle ne choisit que ce genre de films, et pour ça, chapeau mademoiselle, elle est un peu la Christophe Lambert ou la Nicolas Cage féminine. Euh, comparaison un peu maladroite, mais je me souviens d'une interview de Cage à qui on demandait pourquoi il jouait dans des nanars, séries B fantastiques. Il répondit qu'il aimait ça. Comme Christophe Lambert qui n'a pas besoin de faire des films pour bouffer. S'il joue dans un film, c'est parce qu'il a envie. Et quels films... Ghost Rider 2, LA rencontre entre Lambert et Cage !!! Le film est à chier, mais ce crossover d'acteurs !!! Et ben Eva Green c'est pareil. Sauf que le niveau est peut-être plus sélect, mais merde, la suite de 300, Sin City 2, Dark Shadows (où l'on croirait qu'elle est doublée par sa mère en version française, tant la voix est proche de Marlène Jobert !), Camelot et Penny Dreadful, série incroyable où elle pique largement la vedette à Timothy Dalton et les autres acteurs, un festival Eva Green où elle y va à fond, et encore une fois, nous fait profiter de ses formes superbes.

    Les Danois ont été fort avisés de lui donner un rôle !

  • Catalogue de livres à vendre

    Le catalogue de livres est toujours disponible ! Pensez aux longues soirées d'hiver !

    Ajout du 06 janvier 2015 : les tarifs postaux ayant augmenté, ceux présentés dans le catalogue sont caducs. N'hésitez pas à me demander les nouveaux tarifs pour calcul !

    Au fur et à mesure des années, j'ai pu accumuler quelques livres en double, oubliant que j'avais déjà ce tome, ou celui-ci ayant un autre titre, mais le même contenu, et j'ai gardé ces doublons, pour plus tard... D'autres fois, en retombant sur un bouquin qui m'avait plu, je me suis dit : "tiens, il pourrait intéresser quelqu'un avec qui j'en avais discuté"...

    Et puis il y a eu le blog, où je prends plaisir à vous faire partager des livres que j'ai aimés, à vous en faire découvrir, à vous en remémorer, à vous faire prendre des notes pour plus tard...

    Finalement, la suite logique s'est imposée d'elle-même. Je vous parle de livres qui valent le coup avec le blog, pourquoi ne pas vous donner l'occasion de les lire ?

    Roulement de tambour... Voici le premier catalogue de livres de la Crypte du Chat roux ! Un catalogue composé de livres qui ne vous seront pas étrangers, fidèles lecteurs !

    Un catalogue qui est presque une excroissance du blog car vous retrouverez des annotations à certains livres, qui sont autant de mini-chroniques et de renvois vers le site.
    Et c'est tout l'esprit du blog, car vous retrouverez les thématiques souvent rencontrées ici : Heroic-Fantasy, bandes dessinées, guerre, Science-Fiction, traditions, régionalisme, histoire, et le sacrosaint Réalisme fantastique !

    Et pour moi, un certain retour au catalogue papier, puisque gérant une distribution de disques Metal depuis quinze ans, mon dernier catalogue "papier" remonte à 2010, l'Internet ayant pris le pas sur le format papier...
    Enfin, voici un mix des deux, puisque hormis un petit tirage papier, ce catalogue est seulement disponible au format pdf, téléchargeable depuis Internet... Libre à vous de vous faire votre propre édition papier ! 

     

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    Je vous laisse à présent cliquer ci-dessous et découvrir ce premier catalogue de livres de la Crypte du Chat roux ! Si vous avez des questions, n'hésitez pas à me contacter, je me ferai un plaisir de vous répondre.

     

    catalogue livres, livres à vendre

    catalogue livres, livres à vendre

    Robert Howard, Mary Shelley, Henri Vincenot, Sven Hassel, Catherine L. Moore, Colin Wilson, Jacques Bergier, DAF de Sade, Franquin, L. Sprague de Camp, Cyzia Zyke, HH Ewers, Jean Bommart, Jules Verne, Louis Pauwels, James Ellroy, Jean Ray, Conan Doyle, Claude Seignolle, Jean Markale, Guy Breton, Michael Moorcock, Clive Barker, David Gemmel, Michael Crichton, Jean Mabire, James Churchward, Robert Bloch, Pierre Desproges, Jean Raspail, Coluche, René Fallet, Lin Carter, Fritz Leiber, Bernard Clavel, August Derleth, Robert Charroux, Bernard Heuvelmans...

  • Leur dernière nuit

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    Ouais, c'est la période de Noël, du Réveillon, c'est les vacances, on glande en peignoir jusqu'à tard dans la matinée, on se couche à pas d'heure, et pour éviter les merdes qu'ils passent à la télé les après-midi (non mais un seul Pierre Richard ! Et les Don Camillo habituels sur France 3, spécialement pour les fêtes, jours fériés, jours pairs, jours impairs, bref, on les connaît par cœur, et maldito, faut se fader les mauvais dessins animés par ordinateur, et rien qui donne envie de se goinfrer des oranges et des chocolats des étrennes...), le moment est propice pour se faire un bon Jean Gabin. J'hésitais à revoir avec plaisir un Gentleman d'Epson, un Archimède, ou bien un Jardinier d'Argenteuil, voire une affaire St Fiacre un peu plus sérieuse de la filmo de M'sieur Moncorgé, et puis j'ai trouvé une manne. Une série de films que je ne connaissais pas du tout. Alors j'ai commencé avec Leur dernière Nuit.

    Daté de 1953 et réalisé par Georges Lacombe, il faut bien l'avouer, Leur dernière Nuit est un film mineur dans la carrière de Jean Gabin. Jean Gabin campe le rôle d'un bibliothécaire poli, qui crèche dans une pension de famille très correcte, mais la nuit, il est Monsieur Fernand et prépare des coups pour braquer du titre au porteur et plier des gros pascals dans ses poches de veste. Pas de bol, il se fait pincer lors d'un gros coup, et Madeleine Robinson, petite professeur d'anglais, tombée amoureuse du bonhomme, va l'aider à organiser sa fuite.

    Gabin a toujours un peu le même rôle, l'homme honnête bien mis, puis le truand qui en a revendre de la chienne de vie. En cavale, insupporté par les cornes de brume, il lâche tout, pourquoi il est passé de petit médecin de province, fils d'ouvriers peu friqués, obligé suite à un avortement de complaisance qui a mal tourné, à changer de vie, et préférer la mauvaise vie... Moins convaincant que dans le Jour se lève, mais on apprécie. Un final typique du ciné français des années 50, le truand ne gagne pas à la fin, et disparait dans les eaux grises de la Seine... Une fin qui rappelle celle du Rouge est mis

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    Sympa, Madeleine va faire un point à la chaussette trouée de Gabin, mais elle prendra soin
    de nettoyer à l'eau la dite chaussette avant d'intervenir.

    Et les décors, entre chambre de pension, chambre d'hôtel, commissariat, marché de Paris, rues encadrées de flics, on est en terrain connu pour le Gabin voyou. Des scènes qui pourraient être interchangeables avec autant de films. Et pourtant, Gabin est là, il porte le film, la Madeleine Robinson est pas mal non plus, Robert Dalban avant que ses cheveux ne virent au gris joue le rôle du commissaire qui use de méthodes efficaces et peu sensibles envers la pauvre Mado, il nous rappelle ce qu'il jouera huit ans plus tard dans le Cave se rebiffe.

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    - Bah qu'est-ce qu'il y a mon lapin, je te plais pas ?
    - Si tu me plais. Mais arrête de m'appeler "mon lapin"

    J'ai l'air de faire la fine bouche avec ce film, mais non en fait, j'ai beaucoup aimé. Beaucoup aimé revoir Gabin dans un film que je n'avais pas encore découvert, et simplement, voir un film avec Jean Gabin. Il fait du Gabin. Il se tient bien droit, il fait du charme aux femmes, envoie chier les souillons et les bonnes (sa première réplique est d'ailleurs poilante, à recadrer la serveuse sur son parfum trop prononcé), il bouffe comme d'habitude, n'oublie pas de complimenter Madeleine Robinson sur son pâté de lapin et s'en jette un dès qu'il peut. En un mot comme en cent : Jean Gabin.

     

  • NIFELHEIM - Satanatas

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    Aaarrghhhhhh un nouveau NIFELHEIM, et reçu le 23 décembre, c'est ça le véritable esprit de Noël !!!! De toute façon, les jumeaux Tyrant et Hellbutcher ne déconnent pas avec ça et connaissent la valeur d'un Noël réussi.

    Et bien ils nous offrent sous le sapin un nouveau mini LP, sept ans après l'album Envoy of Lucifer.
    Ici, pas de chichis, on a droit à du pur... NIFELHEIM. Et ouais, ils font ce qu'ils savent faire, pas plus. En fait, ils font ce qu'ils ont déjà fait, faut bien l'avouer. Ils s'auto-parodient, mais leur concept est finalement un peu réducteur. Alors les ficelles... ils les réutilisent, mais heureusement, toujours avec bonheur.
    On notera tout de même un riff qui fait très MAIDEN (et ce ne sont pas des guitares à la tierce), mais contenu dans l'esprit NIFELHEIM. A part ça, c'est plus énervé qu'Envoy of Lucifer et on est plus proche de Servants of Darkness qui est pour moi leur meilleur album, et le plus speed.

    Satanatas fait donc quatre titres, enfin, trois titres et une intro, à la NIFELHEIM. Riff lancinant, descente de toms profonds comme les bouches de l'enfer, riffing à la BATHORY période The Return/Under the Sign of the Black Mark, voix evil à la BATHORY même période, et pour le reste, alternance de parties speed, lentes, râles provenant des tréfonds du Styx, batterie syncopée, on écarquille les yeux, les dents serrées, on crispe les doigts, paumes vers le ciel, la calvitie se prononce, on secoue la tête, ça y est, on se transforme en ces deux tarés suédois, il ne manque plus qu'enfiler les cuirs à clous pour devenir des chiens de l'enfer.

    Et en face B, on inverse tout. Le disque est joué backwards, de la fin au début. Je n'ai pas relevé de "do it" ou d'autre message, mais l'expérience reste sympa.

    A part ça, pochette typique, sans trop de fioritures, arrière pareil, pas d'insert, excepté la musique satanique, on est dans la sobriété. Ca manque un peu de folie, mais tant pis.

    Enfin, un peu comme KISS, NIFELHEIM ont sauvé le Père Noël. Merci NIFELHEIM, et ne prenez pas trop froid car c'est un peu à cause de moi !

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  • Bleu, histoire d'une couleur - Michel Pastoureau

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    Comment un truc aussi anodin que la couleur bleue peut donner lieu à une étude, un bouquin ? Ca peut sembler un peu idiot, comme ça, et pourtant...

    Et pourtant, pour qui a un peu l'esprit ouvert, voilà un vrai sujet, et une enquête passionnante signée Pastoureau, qui s'est déjà occupé d'Histoire, d'armoiries, de cochon et d'ours.

    On apprend donc des choses assez incroyables sur l'histoire de la couleur bleue, mais également sur d'autres choses, par extrapolation.

    Historiquement, le bleu a été "découvert" assez tard. Dans les peuplades civilisées (ici l'auteur ne traite grosso modo que de l'Histoire européenne. Si vous voulez savoir comment les Papous traitent cette couleur, allez vous faire enc...), le bleu n'était pas une couleur en soit. Le ciel bleu ? Bof, tout au plus, une nuance de gris. Le bleu a été associé aux barbares, du style Mel Gibson qui s'en tartinait la tronche, ou les Germains, chez qui on trouvait la guède à l'origine des premières teintes. Mais pour les Romains, le bleu était une couleur avilissante. Chez eux, un roux crépu aux yeux bleus était le sommet de la laideur et du dédain... la couleur était également assez difficile à créer, à partir de la guède d'Europe, ou du lazward (azur) perse, lui-même plus long à importer. La technique de fixation, voilà un facteur de retardement pour le développement de cette couleur. Bien des siècles plus tard, un des autres freins à son développement est simplement... la concurrence. Au Moyen-Age (que les thuriféraires de la modernité nous dépeignent comme une époque sombre et crasseuse, pleine d'obscurantisme, et de verrues, tout le contraire de notre belle époque où TOUT VA BIEN, quoi, hein) les teinturiers se tiraient déjà la bourre, grosses industries, pour se partager le marché. Et les plus forts, c'étaient les teinturiers de... rouge ! Le rouge, qui avait la faveur d'alors. Ils usaient de pressions pour que le bleu ne se développe pas trop.
    C'est d'ailleurs à ce moment du livre où l'on se rend compte d'un autre élément intéressant. Ces pouilleux moyen-ageux, nauséabonds et rances, étaient déjà... écologistes ! Car oui, dans les villes, il y avait deux corps de métier qui se côtoyaient : les teinturiers, et les tanneurs. Ils se partageaient les eaux de la rivière, avec un système d'entente, car quand l'un polluait en amont, l'autre en aval se prenait toute la merde. Les autorités de l'époque ont d'ailleurs fixé des règles d'instauration de ces industries en banlieue de la ville, pour ne pas incommoder les habitants par cette pollution. Un obscurantisme, on vous dit.

    De retour à notre bleu, le terme "bleu" vient du latin "blavus", qui n'évoque pas vraiment les vacances à la plage. Le terme est lié au gris, au blême, au blafard (blafard vient de blavus). Les Germains ont repris le terme pour "blau", ce qui a donné "bleu" chez nous, le terme azur ne prenant sa place que dans le sud de l'Europe, comme l'Espagne et peut-être l'occitan, mais je n'ai pas trouvé de traduction.

    Or, pendant très longtemps, la gamme chromatique est restée sur trois couleurs : blanc, rouge et noir. Ces couleurs ont été utilisées largement et symboliquement, avec parfois des changements de sens. Liturgiquement, le blanc représentait la pureté et l'innocence, le noir l'abstinence, la pénitence et l'affliction, et le rouge le sang versé, la Passion, le martyre, le sacrifice.
    C'est ainsi que le noir est devenu la couleur des moines qui sont dans la pénitence, mais également, c'était la couleur attribuée à Marie à un moment. D'où mon extrapolation personnelle (peut-être totalement fausse, mais bon, je me lance) : l'origine de la Vierge noire vient peut-être de la symbolique liée à la pénitence de la Vierge, plutôt qu'à sa "pureté" (bien qu'on trouve plus tard la Vierge en blanc, avec une écharpe bleue - qui je crois n'a rien à voir avec le Tour de France). Et on peut penser qu'il est plus simple de travailler un matériau naturellement coloré que teint manuellement, aussi l'idée symbolique de représenter la Vierge était de le faire avec un matériau de la couleur de la pénitence, soit un bois noir par exemple. Plus tard, la couleur symbolique changeant (soit par effet de mode, soit par lobbying), on change de couleur pour représenter le divin. D'ailleurs, au début l'or était très présent comme couleur dans les peintures, sculptures, cela a changé avec la démocratisation de la couleur bleue (et de l'or comme richesse passant dans les poches des bures des prélats, en même temps que leur pouvoir politique grandissait).

    Egalement, on apprend que la teinture bleue était à l'origine assez pâle, et les techniques de transformation ont évolué, mais ont stagné pendant une bonne période. Là pour le coup, y a de l'obscurantisme : pour obtenir la couleur, il fallait procéder à des mélanges, des opérations de transformation. Or, ce n'est pas quelque chose de naturel, cela ne procède pas de la Création, mais de la main de l'Homme. Et pendant un bon moment, ça a été considéré comme... sorcellerie. Le métier de teinturier a donc fait partie de ces métiers exécrés, comme les médecins, chimistes, qui se prenaient pas pour de la merde et défiaient Dieu à faire les malins et créer ce que Dieu n'avait pas créé. Et comme Dieu c'est le boss, qui sait tout mieux que les autres, s'il a pas fait quelque chose, c'est qu'il y a une raison. C'est pas bien. Un peu comme le nucléaire, quoi. C'est satanique.
    L'époque n'était pas très propice aux interrogations de la science. D'un autre côté, des documents ont été conservés sur les opérations pour fixer la couleur. Des documents dont Pastoureau s'étonne de la valeur, puisque le métier s'apprenait surtout de bouche à oreille, il semble qu'il y avait alors déjà une administration tatillonne qui demandait des comptes...
    Ces documents sont parfois farfelus. Par exemple, il est dit de plonger le tissu dans un bain pendant une durée, soit de trois jours, soit de neuf mois. Pastoureau nous explique qu'en fait, à l'époque, ce qui est important, ce n'est pas forcément le détail, mais le rituel. Car oui, trois jours, c'est la durée entre la mort et la résurrection de Jésus, et neuf mois, c'est la durée de maternité. Il ne faut donc pas s'attacher trop à la durée en tant que telle, mais au symbole. Ici, ça peut vouloir dire "plonger le tissu dans le bain jusqu'à ce qu'apparaisse quelque chose". Des bulles, une décoloration, je ne sais pas, mais un changement.

    L'histoire de la couleur bleue évolue jusqu'à ce que cette couleur soit utilisée et démocratisée, sortant de son confinement, et jusqu'à aujourd'hui, omniprésente.
    On remarquera que les Protestants ont utilisé le bleu avec le noir, le blanc et le gris, bannissant les autres couleurs chatoyantes, dans leur délire prude et bigot. Pas étonnant d'ailleurs que le blue jean soit le vêtement le plus populaire chez les Anglo-Saxons.

    L'auteur passe également du temps à parler des couleurs qui ont amené le drapeau français, qui pourraient être tout de même intrinsèquement liées aux couleurs des USA et de l'Angleterre... puisque la révolution française aurait pu prendre comme modèle les couleurs de la révolution américaine qui elle-même reprenait les couleurs de l'Union Jack, dans une sorte de pied-de-nez à la Couronne...

    Un ouvrage assez court, mais passionnant, et qui ouvre beaucoup de portes donc. Intéressez-vous aux peintures, rupestres, mosaïques romaines, peintures médiévales, flamandes, et contemporaines pour y déceler l'utilisation ou pas du bleu... C'est véritablement quelque chose qui devrait sauter aux yeux, et pourtant... maintenant que vous êtes sensibilisés, faites y attention. Et profitez en pour déceler les anachronismes que le cinéma pourrait nous apporter !