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Livre - Page 3

  • Bleu, histoire d'une couleur - Michel Pastoureau

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    Comment un truc aussi anodin que la couleur bleue peut donner lieu à une étude, un bouquin ? Ca peut sembler un peu idiot, comme ça, et pourtant...

    Et pourtant, pour qui a un peu l'esprit ouvert, voilà un vrai sujet, et une enquête passionnante signée Pastoureau, qui s'est déjà occupé d'Histoire, d'armoiries, de cochon et d'ours.

    On apprend donc des choses assez incroyables sur l'histoire de la couleur bleue, mais également sur d'autres choses, par extrapolation.

    Historiquement, le bleu a été "découvert" assez tard. Dans les peuplades civilisées (ici l'auteur ne traite grosso modo que de l'Histoire européenne. Si vous voulez savoir comment les Papous traitent cette couleur, allez vous faire enc...), le bleu n'était pas une couleur en soit. Le ciel bleu ? Bof, tout au plus, une nuance de gris. Le bleu a été associé aux barbares, du style Mel Gibson qui s'en tartinait la tronche, ou les Germains, chez qui on trouvait la guède à l'origine des premières teintes. Mais pour les Romains, le bleu était une couleur avilissante. Chez eux, un roux crépu aux yeux bleus était le sommet de la laideur et du dédain... la couleur était également assez difficile à créer, à partir de la guède d'Europe, ou du lazward (azur) perse, lui-même plus long à importer. La technique de fixation, voilà un facteur de retardement pour le développement de cette couleur. Bien des siècles plus tard, un des autres freins à son développement est simplement... la concurrence. Au Moyen-Age (que les thuriféraires de la modernité nous dépeignent comme une époque sombre et crasseuse, pleine d'obscurantisme, et de verrues, tout le contraire de notre belle époque où TOUT VA BIEN, quoi, hein) les teinturiers se tiraient déjà la bourre, grosses industries, pour se partager le marché. Et les plus forts, c'étaient les teinturiers de... rouge ! Le rouge, qui avait la faveur d'alors. Ils usaient de pressions pour que le bleu ne se développe pas trop.
    C'est d'ailleurs à ce moment du livre où l'on se rend compte d'un autre élément intéressant. Ces pouilleux moyen-ageux, nauséabonds et rances, étaient déjà... écologistes ! Car oui, dans les villes, il y avait deux corps de métier qui se côtoyaient : les teinturiers, et les tanneurs. Ils se partageaient les eaux de la rivière, avec un système d'entente, car quand l'un polluait en amont, l'autre en aval se prenait toute la merde. Les autorités de l'époque ont d'ailleurs fixé des règles d'instauration de ces industries en banlieue de la ville, pour ne pas incommoder les habitants par cette pollution. Un obscurantisme, on vous dit.

    De retour à notre bleu, le terme "bleu" vient du latin "blavus", qui n'évoque pas vraiment les vacances à la plage. Le terme est lié au gris, au blême, au blafard (blafard vient de blavus). Les Germains ont repris le terme pour "blau", ce qui a donné "bleu" chez nous, le terme azur ne prenant sa place que dans le sud de l'Europe, comme l'Espagne et peut-être l'occitan, mais je n'ai pas trouvé de traduction.

    Or, pendant très longtemps, la gamme chromatique est restée sur trois couleurs : blanc, rouge et noir. Ces couleurs ont été utilisées largement et symboliquement, avec parfois des changements de sens. Liturgiquement, le blanc représentait la pureté et l'innocence, le noir l'abstinence, la pénitence et l'affliction, et le rouge le sang versé, la Passion, le martyre, le sacrifice.
    C'est ainsi que le noir est devenu la couleur des moines qui sont dans la pénitence, mais également, c'était la couleur attribuée à Marie à un moment. D'où mon extrapolation personnelle (peut-être totalement fausse, mais bon, je me lance) : l'origine de la Vierge noire vient peut-être de la symbolique liée à la pénitence de la Vierge, plutôt qu'à sa "pureté" (bien qu'on trouve plus tard la Vierge en blanc, avec une écharpe bleue - qui je crois n'a rien à voir avec le Tour de France). Et on peut penser qu'il est plus simple de travailler un matériau naturellement coloré que teint manuellement, aussi l'idée symbolique de représenter la Vierge était de le faire avec un matériau de la couleur de la pénitence, soit un bois noir par exemple. Plus tard, la couleur symbolique changeant (soit par effet de mode, soit par lobbying), on change de couleur pour représenter le divin. D'ailleurs, au début l'or était très présent comme couleur dans les peintures, sculptures, cela a changé avec la démocratisation de la couleur bleue (et de l'or comme richesse passant dans les poches des bures des prélats, en même temps que leur pouvoir politique grandissait).

    Egalement, on apprend que la teinture bleue était à l'origine assez pâle, et les techniques de transformation ont évolué, mais ont stagné pendant une bonne période. Là pour le coup, y a de l'obscurantisme : pour obtenir la couleur, il fallait procéder à des mélanges, des opérations de transformation. Or, ce n'est pas quelque chose de naturel, cela ne procède pas de la Création, mais de la main de l'Homme. Et pendant un bon moment, ça a été considéré comme... sorcellerie. Le métier de teinturier a donc fait partie de ces métiers exécrés, comme les médecins, chimistes, qui se prenaient pas pour de la merde et défiaient Dieu à faire les malins et créer ce que Dieu n'avait pas créé. Et comme Dieu c'est le boss, qui sait tout mieux que les autres, s'il a pas fait quelque chose, c'est qu'il y a une raison. C'est pas bien. Un peu comme le nucléaire, quoi. C'est satanique.
    L'époque n'était pas très propice aux interrogations de la science. D'un autre côté, des documents ont été conservés sur les opérations pour fixer la couleur. Des documents dont Pastoureau s'étonne de la valeur, puisque le métier s'apprenait surtout de bouche à oreille, il semble qu'il y avait alors déjà une administration tatillonne qui demandait des comptes...
    Ces documents sont parfois farfelus. Par exemple, il est dit de plonger le tissu dans un bain pendant une durée, soit de trois jours, soit de neuf mois. Pastoureau nous explique qu'en fait, à l'époque, ce qui est important, ce n'est pas forcément le détail, mais le rituel. Car oui, trois jours, c'est la durée entre la mort et la résurrection de Jésus, et neuf mois, c'est la durée de maternité. Il ne faut donc pas s'attacher trop à la durée en tant que telle, mais au symbole. Ici, ça peut vouloir dire "plonger le tissu dans le bain jusqu'à ce qu'apparaisse quelque chose". Des bulles, une décoloration, je ne sais pas, mais un changement.

    L'histoire de la couleur bleue évolue jusqu'à ce que cette couleur soit utilisée et démocratisée, sortant de son confinement, et jusqu'à aujourd'hui, omniprésente.
    On remarquera que les Protestants ont utilisé le bleu avec le noir, le blanc et le gris, bannissant les autres couleurs chatoyantes, dans leur délire prude et bigot. Pas étonnant d'ailleurs que le blue jean soit le vêtement le plus populaire chez les Anglo-Saxons.

    L'auteur passe également du temps à parler des couleurs qui ont amené le drapeau français, qui pourraient être tout de même intrinsèquement liées aux couleurs des USA et de l'Angleterre... puisque la révolution française aurait pu prendre comme modèle les couleurs de la révolution américaine qui elle-même reprenait les couleurs de l'Union Jack, dans une sorte de pied-de-nez à la Couronne...

    Un ouvrage assez court, mais passionnant, et qui ouvre beaucoup de portes donc. Intéressez-vous aux peintures, rupestres, mosaïques romaines, peintures médiévales, flamandes, et contemporaines pour y déceler l'utilisation ou pas du bleu... C'est véritablement quelque chose qui devrait sauter aux yeux, et pourtant... maintenant que vous êtes sensibilisés, faites y attention. Et profitez en pour déceler les anachronismes que le cinéma pourrait nous apporter !

  • Les Seigneurs de la Combe perdue - Christian Delval

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    C'est bien rare que je lise un livre entier en une journée. Je ne suis hélas pas un gros lecteur, souvent, je décroche, et comme la journée je n'ai pas toujours l'occasion de lire, je lis surtout le soir, avant de m'endormir. Par pur réflexe pavlovien, si je lis en journée, je pique du nez !
    Mais pour cette fois, j'ai lu le bouquin en entier.
    Oh, évidemment il ne fait pas sept cent pages. Il en fait deux cent, et c'est écrit gros. J'aurais pu perdre un peu de temps à colorier les images, mais il n'y en avait pas...

    J'ai donc avalé cette histoire des Seigneurs de la Combe perdue. Ce n'est pas le premier Christian Delval que je lis, j'ai déjà lu ses Sacrés Tontons et ses Histoires montagnardes. Ici, on est tout de même assez proche de Sacrés Tontons.

    Pour vous situer, Christian Delval est un auteur haut Jurassien. Haut Jurassien, c'est pas simplement jurassien. Le haut Jura, c'est la montagne, celle qui pardonne pas. C'est pas un gars de la plaine, quoi. On est en pleine littérature de terroir. Plutôt éloigné de l'autre Jurassien célèbre, Bernard Clavel. On est beaucoup plus proche d'Henri Vincenot, qui chantait sa Bourgogne. Ici, Delval chante le haut Jura (quand il n'y fait pas des infidélités pour chanter la Haute Savoie), mais si Vincenot invite les gens à (re)découvrir la terre, Delval est plutôt du genre à sortir le fusil et faire bouffer la terre aux malotrus.

    Dans Sacrés Tontons, des petits vieux du haut Jura retapaient la santé du petit-fils amateur de drogues, et éloignaient les dealers qui venaient chercher leur pognon. Une sorte de La Horse écrit par le René Fallet de la Soupe aux choux, avec une fin un tantinet onirique, et plutôt royaliste à la Jean Raspail...

    Ici, le Barthélémy et le Ferdinand sont bien tranquilles dans leur hameau du Rosset, sur la commune de Longchaumois. Deux habitants pour trois baraques, tout va bien, le jeune René bien faire les foins de la parcelle de Barthélémy, ils fument leur pipe tranquillement, et chassent la vipère pour se faire une provision de gnôle pour l'hiver, avec le serpent qui fait joli dans la bouteille en plus d'agrémenter de son venin les vertus thérapeutiques du breuvage. Il fait bon, l'herbe ploie sous la brise, les mulots grattent la terre pour faire leur terrier, c'est la belle vie, jusqu'à...

    Jusqu'à ce que la maison vide soit rachetée et que l'équilibre cosmo-jurassien soit rompu ! Un avocat hollandais rachète la ruine pour en faire une maison de vacances, en grillageant tout le terrain, et en plaçant un maçon marseillais pour diriger les travaux. Adieu la tranquillité ! C'est sans compter sur le bon sens paysan, la malice du gang des seigneurs qui vont remettre un peu d'ordre dans ce chaos.

    On se marre bien avec ce livre truculent. Bon, faut avouer que les Marseillais, les Hollandais et les touristes s'en prennent un peu plein la gueule, et on sent le montagnard qui n'aime pas trop tout ce qui vit en deça de cinq cent mètres d'altitude. Par contre, les bonnes souches paysannes, qui aiment la terre et la travailler, qui aiment la nature, et bien l'auteur, il les aime bien. En fait, il aime pas les cons. Là, ils ont un peu les traits des populations sus-citées...

    Faut-il être jurassien pour apprécier Delval à sa juste mesure ? Pas forcément... faut connaître un peu le Jura, mais en fait, faut surtout connaître la montagne. Ca risque de ne pas parler du tout à un Normand habitué au béton, à l'eau et au ciel, tous de couleur grise de son bled, encore moinsse à un Marseillais...
    Personnellement, je suis bourguignon d'origine et jurassien depuis quinze ans, et j'apprécie Vincenot autant que Delval (ou Clavel dans ses romans terroir). Mais pour autant, j'apprécie la Sologne de Seignolle, et, euh... la Bretagne de Markale ? Alors bon. Qui aime la terre et la nature s'y retrouve !

    Essayez-vous à Christian Delval, vous ne serez pas déçus !

  • L'homme qui n'a jamais existé - Ewen Montagu

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    Retour sur un court livre dans la collection Marabout Junior (d'où était issu le livre Normandie Niemen de de Geoffre, chroniqué dans la Crypte). Un collection décidément intéressante, et complètement anachronique en 2014, où la littérature enfant est devenue... allons, je vais encore me faire mal, et risquer de radoter à vos oreilles.

    Cet homme qui n'a jamais existé, qui est-il ? Pour les Allemands, il est William Martin, fusilier marin anglais. Victime d'un accident d'avion, son corps a été repêché sur les côtes espagnoles. Le service de renseignement allemand aura vite fait de faire les poches du mort, en quête de... renseignements. Coup de chance, ce malheureux portait sur lui une lettre de Mountbatten contenant quelques informations sur les préparatifs alliés : le débarquement en Grèce.

    Seulement... les Alliés n'ont pas débarqué en Grèce, mais en Sicile. Et s'ils ont pu conquérir l'île sans se prendre l'Axe en travers des dents, c'est bien parce que les Allemands ont cru à l'information de la lettre portée par Martin.

    Car oui, cette lettre n'était qu'une intoxication du service de renseignement allié, pour tromper l'ennemi.
    Une mystification montée par le service d'Ewen Montagu. Il retrace ici tous les détails qui ont mené à ce que l'information soit prise au sérieux par les Allemands.

    De la recherche d'un cadavre paraissant un officier à la création pure et simple d'un personnage qui fût réel aux yeux de l'ennemi, tout nous est conté. Jusqu'aux moindres détails, pour que tout paraisse vrai. Quel uniforme allait endosser le mort ? Dans quelle arme servirait-il ? Trouver un vivant qui lui ressemble pour prendre une photo d'identité afin de confectionner des papiers, patinés par Montagu qui les passait sur sa jambe, afin que le papier ne fasse pas trop neuf. Pour des papiers trouvés dans la poche d'un cadavre ayant passé plusieurs jours dans la mer ! Un souci du détail incroyable, et des efforts qui ont payé.

    On nage en plein espionnage, le jeu d'échecs où l'on veut faire croire un fait, tout en s'assurant que le fait caché reste plausible, mais paraisse moins important que le fait voulu... En n'hésitant pas à user d'un homme, même mort.
    On repensera à la mystification des soldats polonais retrouvés morts après une rixe, du côté allemand de la frontière, en 1939, déclenchant l'invasion de la Pologne et le début de la seconde guerre mondiale (comme on l'apprend dans Histoire des services secrets nazis d'André Brissaud.
    Et plus récemment, on repensera à deux trois trucs, où les Américains sont pas loin, comme le passeport du pilote qui s'est écrasé sur le World Trade Center, passeport retrouvé dans les décombres... Un avion qui explose à 3000° sur un immeuble d'acier, la chaleur affaiblissant la structure, et un gros tas de gravats... y retrouver le passeport du mec qui est mort en premier en percutant l'immeuble, ouais, bien sûr. Ils avaient un peu plus de sens logique, en 1942 !!

    Je reviens à cette collection, Marabout Junior... Quelque chose me dit, à la lecture de ce livre, que les gamins de 1958 devaient être un peu plus futés et réfléchis que ceux de maintenant...

  • Le Rouge est mis - Auguste le Breton

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    Louis Bertain, dit le Blond, fait partie d'une bande qui attaquent quelques convoyeurs pour piquer de l'oseille. Il est entouré de Raymond, dit le Matelot, Pepito, le gitan et Fredo, dit Keskidi, souvenir de son époque aux Amériques où, n'entravant pas ce que disaient les Amerloques, il demandait "qu'est-ce qu'y dit ?" à son associé, et le surnom lui était resté. Le Blond la ramène pas trop, les flics l'ont pas dans le collimateur. Il fait ses coups d'éclat, sans qu'on sache qui chercher. C'est sans compter Pepito qui a la gâchette facile. Alors quand ils braquent un fourgon sur la route de Dourdan, les chauffeurs sont liquidés, deux motards de la police qui les filaient y passent aussi, et un couple de fermiers est envoyé ad patres. Les flics sont sur les dents et trouvent vite les suspects...
    Pas de chance, Pierre, le frère de Louis s'est fait gauler par les flics en repartant de chez sa poule. Interdiction de séjour à Paris, il aurait dû prendre patience, mais l'amour... les flics aimeraient bien qu'il balance. Et comme il entend une conversation entre Louis et le gitan sur l'attaque du fourgon, il a ses p'tits nerfs qui craquent quand il lit dans le journal le compte-rendu de l'expédition. De là à balancer les copains ?

    Un petit polar classique de la part d'Auguste le Breton, à qui l'on doit (entre autres) la série des Rififi à... et le Clan des Siciliens, Razzia sur la Schnouf, eux aussi adaptés à l'écran. Polar classique certes, mais écrit en argot, avec quelques indications utiles pour comprendre certaines locutions issues du sabir gitan ! Peut-être tombées en désuétude depuis... C'est le cas de beaucoup d'expressions, mais elles sont bien plus savoureuses que l'argot du ghetto des rigolos d'aujourd'hui !
    Le style me rappelle un peu Albert Simonin et son Touchez pas au grisbi ! plus violent et dur que le film...

    Ce livre a été porté à l'écran, comme les deux précédemment cités. Avec Jean Gabin dans le rôle titre, évidemment. Et, coïncidence, c'est quand je termine la dernière page du livre que je me dis que je reverrais bien le film, eh bien deux jours plus tard, il passe à la télé. Formidable !

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    Plutôt sympa ce blog, j'arrive à caser Jean Gabin dans une chronique d'un bouquin, on joint l'utile à l'agréable !

    Si le bouquin date de 1954, le film date de 1957. Le film ressemble par moments à une adaptation fidèle du bouquin, mais édulcore certains passages, ou les transforme. Au casting, on retrouve les fidèles de Gabin : Lino Ventura, Paul Frankeur, Albert Dinan et même Jacques Marin, en éternel troisième rôle, et cette fois, sans moustache ! On reconnaît en tout cas sa voix typique (toute une aventure à retrouver tous les doublages de films et de dessins animés qu'il a réalisés !). Apparaissent au casting également deux jeunes premiers, promis à une longue carrière : Jean-Pierre Mocky et Annie Girardot !

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    Comme je l'ai dit, le film reprend la trame du livre dans les grandes largeurs. Quelques aménagements ont été réalisés pour que le héros soit plus gabinisé. Dans le livre, il doit avoir une trentaine d'années. Ouch, en 1957, Jean Gabin a 53 ans ! Et de simple voyou avec un beau costard qui distribue les pascals à tout va, il devient voyou avec une affaire en couverture, histoire de râler sur le coût de la vie. Il est patron d'un garage. Il y a une inévitable scène où Gabin bouffe dans un restau, mais la scène est vite terminée. On voit apparaître quelques chevaux, une grande passion de Gabin. Les scènes de violence sont amenuisées également. On est tout de même en 1957, quand quelqu'un se mange une bastos, il se tient le bide, et glisse sur le sol en en faisant des caisses. C'est comme ça. Malgré tout, on échappe à plusieurs morts du bouquin, et la principale scène violente, de l'attaque du fourgon, alterne passages épiques (les motards qui se font tuer en pleine course, on se croirait dans Mad Max !) et contrechamps timides, quand les fermiers se font dézinguer. Gabin a un geste de surprise à chaque meurtre, et essaie de retenir Pepito. Dans le livre il s'en fout. Mais le film est différent... D'ailleurs les motards ne meurent pas. "- Son casque lui a certainement sauvé la vie. - Et le premier ? - Il s'en tirera".

    A côté de ça, le langage est plutôt vert. Ca parle argot, mais moins que dans le bouquin. Gabin traite la fiancée de son frère de salope, et lui file une tarte. Faut dire, dans cet univers de la pègre, les femmes sont souvent des putes, ou d'anciennes michetonneuses. Y a même une scène calquée du livre, où un homosexuel qui s'est fait ramasser par les flics passe un message à Gabin, en roulant des yeux et en prenant des manières. Une "lope" comme on les appelait alors. Gabin lui file cent sacs pour qu'il aille "s'acheter une nouvelle pochette". Venant d'un gars qui trainait trop près d'un édicule... Je laisse les plus jeunes chercher la signification de tout ça dans un dictionnaire, eh eh. Les thuriféraires actuels de la sodomie placée au rang de style de vie à être accepté et loué par tous doivent en faire une syncope, ah ah !

    Et notons, si le film reste fidèle au livre dans sa fin, que c'est une des rares fois où le personnage joué par Jean Gabin meurt...

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  • L'objet maléfique - BR Bruss

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    Deuxième rencontre avec B.R Bruss, après son fantastique Bourg envoûté (relisez la chronique, une des premières de la Crypte !). Et encore une fois, un récit dans cette collection de chez Fleuve Noir, "récit étrange et fantastique" (ou "collection horizons de l'au-delà"), avec ces maquettes bandantes, typiques des années 70, avec photo ou dessin psychedelic horror et la police de caractère qui va avec...

    Bon, pour cet Objet maléfique, encore une fois, il ne faut pas trop s'attacher à l'illustration de la couverture. Ici, point de fantômes zombies fraîchement (ou vertement) sortis de la tombe. Et c'est pas le flemmard qui a pondu la quatrième de couverture qui nous en apprend plus avec ce texte laconique : "Ouvrage fantastique qui de par son titre et son auteur se passe d'avertissement... A lire pour les amateurs d'angoisse et de sensations violentes".
    Tu parles que le mec était à la bourre et a torché ça en moins de deux !

    Revenons alors au cœur du bouquin. Un bouquin écrit par BR Bruss, mais qui aurait pu être signé Claude Seignolle... Dans un hameau assez isolé, des meurtres restent inexpliqués aux yeux des gendarmes... mais pas des habitants qui se souviennent des anciens qui racontaient cette série de meurtres, il y a cent cinquante ans, et parlaient du "piroulet" avant de se signer. Le "piroulet", cet objet maléfique qui fait apparaître des visions démoniaques à qui le tient... un objet qui leur susurre de tuer, et tuer encore...

    Un objet qui possède la personne qui le tient, on se croirait dans la Malvenue de Seignolle. Des visions cauchemardesques, dans un environnement rural isolé, presque intemporel (même si les quelques voitures et cyclomoteurs nous rappellent la seconde moitié du vingtième siècle, proche encore du dix-neuvième, dans les campagnes reculées !), et le rôle d'une rebouteuse, considérée comme sorcière et bouc-émissaire aux yeux des villageois...

    Un récit assez court, qui se lit d'une traite. Alors certes, ce n'est pas du Seignolle, mais bien du BR Bruss, il n'y a pas ce trait poétique de la campagne païenne cher à Seignolle, et le côté science-fiction ressort dans la description de l'objet et de la créature qui apparait : un homme vert (même si c'est très réducteur et le récit laisse imaginer autre chose qu'un petit martien !). On ne sait pas d'où vient l'objet, et si pour Seignolle il aurait été un ancien artefact issu d'une civilisation disparue, ou un ancien dieu, avec BR Bruss on penche plus pour l'origine extra-terrestre.

    Mais bref, que les fans de Seignolle se jettent sur ce livre, et les fans de BR Bruss le relisent !

  • La Comtesse de Sang - Maurice Périsset

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    La comtesse de sang, c’est Erzebeth Bathory, bien sûr. Celle qui a inspiré Bram Stoker pour son Dracula – en partie seulement, car les légendes locales des Vourdalaks/Volkolaks et autres créatures de la nuit suceuses de sang avaient déjà court, et influencé la littérature. Relisez ma chronique du Château des Carpathes de Jules Verne pour vous en convaincre !
    Une comtesse sanguinaire qui était le pendant hongrois de notre bon vieux Gilles de Rais national ! Une meurtrière qui a laissé derrière elle nombre de cadavres et dont la légende prête des cruautés particulières.


    Le roman de Périsset débute par une biographie rapide, et situe Bathory dans le contexte de son époque. Il y évoque même la possibilité qu’elle fut épileptique, ce qui expliquerait ses crises de folie.
    Quand le roman débute, adieu le factuel et le travail d’historien. Périsset n’écrit pas une biographie, mais bel et bien un roman inspiré de la légende de Bathory, retraçant sa vie, de son enfance troublée par le viol et la torture de sa tante par les Ottomans, à sa mort solitaire, emmurée dans la prison de ses appartements. Entre les deux, c’est un sommet de tortures, de perversions, de sorcellerie, et de lesbianisme. On se croirait dans une bédé de chez Elvifrance !
    Aidée de son âme damnée qu’est le nain Fizcko, des sorcières Darvulia et Dorko, elle va torturer nombre de jeunes filles, avec une cruauté et une barbarie sans nom. Piquant les filles avec une aiguille, leur coupant les veines du cou avec une pince, les enfermant dans une vierge de fer, elle va lécher le sang, le recueillir et se baigner dans des baquets remplis du précieux liquide. L’auteur n’hésite pas à rajouter une couche d’érotisme, Erzebeth Bathory n’hésite pas à coucher, alors veuve, avec quelques bellâtres aristocrates, et surtout, à tripoter les jeunes filles qu’elle massacre, pour assurer la jeunesse de sa peau.
    A ne pas lire donc dans un esprit de vérité historique, mais comme un pulp, comme un fumetti, voire comme la version littéraire d’un film de la Hammer bien déluré !

    Par contre, j’ai trouvé la faille dans le livre. L’endroit où Maurice Périsset a oublié à quelle époque se passait l’histoire. Page 155, « décidé à en avoir le cœur net, il prit une torche dans un tiroir, se ravisa. »
    Alooooooors, on est sensé être en 1610, à peu près, et chercher une torche dans un tiroir pour aller voir ce qui se passe dans une crypte, ça semble un peu anachronique. Une lampe torche avec une pile, en 1610, comment dire… Parce que bon, une torche dans un château hongrois qui sert de forteresse contre les armées ottomanes, ça ressemble plus à un gros bâton avec du feu au bout, et ça tient difficilement dans un tiroir. Ou alors, c’est une bougie. Mais une bougie, c’est pas une torche, forcément, c’est une bougie ! Non, mais y a que moi que ça étonne, ce détail ??

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    - Gérard, quand tu auras fini avec la torche, tu penses à la remettre dans le tiroir ?
    - Oui ma louloute !

     

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    Fig. b : exemple de tiroir

     

    Báthory, vu par des Hongrois :